Chambord Chateau de Chambord
Programme archéologique de Chambord
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Pour Monique Chatenet,
l’hypothèse giratoire ne résolvait alors en rien le problème posé par «
l’aberrante disposition du canton sud (..) », et « la barbare symétrie des
façades »… Seul Jean-Marie Pérouse de Montclos apporta son soutien à cette
hypothèse inclassable.
Il est intéressant de noter que
les contemporains de François 1er s’étaient montrés singulièrement moins
véhéments à l’égard des prétendues anomalies du plan. Pour Jacques Androuet
du Cerceau, par exemple, « tout l’édifice est admirable […] et rend un
regard merveilleusement superbe, à l’occasion de la multitude de la besongne
qui y est. » Par ailleurs, dans la première description connue de
Chambord, rédigée vers 1541 par Francisco de Moraes, ce sont les façades
symétriques qui étaient passées sous silence. Le secrétaire de l’ambassadeur
du Portugal y livrait alors la vision enthousiaste d’un donjon aux façades
bipartites, et se montrait séduit par cet édifice dissymétrique qui présente «
sur les quatre façades aux deux niveaux supérieurs, dans le coin où se
trouvent les études, […] une petite galerie, laquelle n’a pas plus de deux
arcs ».
Le projet perdu : les hypothèses en
compétition
Historiens de l’art et archéologues s’accordent à voir dans la dissymétrie
du donjon de Chambord la conséquence malheureuse d’une importante
modification apportée aux plans originaux alors que l’édifice se
construisait, entraînant la perte d’une symétrie de plan et de façade dont
on imagine qu’elle fut pourtant une caractéristique majeure du projet
originel. En effet, peu après le début des travaux, le dessein initial fut
modifié. Nul ne sait combien il y eut alors de projets successifs, mais
celui qui fut finalement arrêté comprenait l’ajout des ailes, des galeries
et des offices bas qui composent le château que nous connaissons
aujourd’hui.
L'hypothèse giratoire
Parmi les tentatives de restitution du « projet perdu », l’audacieuse
hypothèse giratoire que proposa Michel Ranjard en 1973 présentait pour la
première fois le bipartisme incriminé des façades non plus comme la
conséquence d’un accident, mais comme l’expression d’un parti pris original
et délibéré.
Selon cette hypothèse – dite « en svastika » en vertu de la figure en hélice
dessinée par les vestibules et les galeries ouvertes - les cantons
d’appartements étaient délibérément décalés de 90° les uns par rapport aux
autres, et se répondaient selon une rigoureuse symétrie centrale. Selon
cette théorie, ce sont les façades symétriques d’aujourd’hui qui seraient
accidentelles.
Guidée d’avantage par l’intuition que par l’analyse, l’hypothèse de Ranjard
ne soulèva guère l’enthousiasme. « Indéfendable » pour Jean
Martin-Demézil, elle fut jugée « curieuse » par le professeur Jean
Guillaume, qui préféra attribuer l’anomalie du plan à une « initiative
malheureuse des bâtisseurs ».
L'hypothèse parallèle
L’hypothèse du plan parallèle a recueilli la préférence de presque tous les
chercheurs. Elle postule que le canton Sud du donjon– celui qui est orienté
différemment - fut le premier construit. Il serait le canton « modèle »,
commencé avant la décision de convertir le plan massé en un plan « articulé
», avec ailes et galeries organisées autour d’un axe différent. Cette
décision étant supposément intervenue avant la construction des trois autres
cantons, il aurait ainsi été possible de les faire pivoter de 90° afin de
prolonger leur galerie ouverte vers les deux nouvelles ailes, et d’ajuster
leur orientation avec celle du nouvel ensemble. Seul le canton Sud –déjà
édifié – demeurait orienté selon l’ancienne disposition.
Cette hypothèse s’inspire
sensiblement du plan parallèle d’une maquette en bois découverte à Blois et
relevée par André Félibien au XVIIe siècle. Les similitudes qu’elle présente
avec le château actuel ont conduit les chercheurs à identifier cette
maquette comme l’un des maints avant-projets que François Ier « fist faire
[…] avant que de rien entreprendre ».
Toutefois, l’on peut discuter
de l’importance qu’il convient d’accorder aux vestiges de cette maquette,
tant le projet qu’elle illustre n’est précisément pas celui qui fut retenu
pour l’exécution. En outre, rien n’indique qu’il ne s’agit pas d’un projet
réalisé après une première phase de travaux - ce qui en expliquerait aussi
les similitudes - et proposant une redéfinition du plan intérieur
consécutive à la révision du programme.
L’hypothèse du plan parallèle
doit aussi répondre d’un certain nombre d’incohérences. Par exemple, seuls
les plans des cantons Ouest et Nord auraient eu besoin de pivoter pour
s’ajuster aux nouvelles circulations. Aussi, la rotation du canton Est n’est
pas seulement inutile, elle est d’autant moins justifiée qu’elle est
directement responsable des irrégularités de la façade d’entrée, ayant rendu
dissymétrique une façade qui ne l’était pas.
En outre, selon l’hypothèse parallèle, deux façades seulement auraient
présenté les galeries ouvertes - à loggia - qui permettent d’accéder aux
logis des tours depuis les vestibules cruciformes. Les deux autres
vestibules seraient ainsi demeurés bien étrangement sans issue. A
l’évidence, cette hypothèse méritait d’être réexaminée.
La naissance du programme archéologique
Ces hypothèses – et quelques autres - s’affrontaient moins sur la base
d’arguments architecturaux que sur le seul critère de leur vraisemblance
historique. Le plan en hélice proposé par Ranjard - dont le XVIe siècle ne
nous a transmis aucun équivalent bâti connu - constituait ainsi l’hypothèse
la moins en vogue. Mais s’était-on suffisamment penché sur l’édifice
lui-même ? En 1997, cette question prenait la forme d’un programme
archéologique, visant à s’approcher au plus près des premières phases de la
construction du château, consécutives à la nomination des responsables du
chantier par François 1er lui-même, en septembre 1519.

Le
plan actuel du donjon + l'hypothèse parallèle + l'hypothèse giratoire. En
rouge, les cantons qui auraient subi une rotation.
Le
plan et une façade de la maquette retrouvée par Félibien au XVIIe siècle.
La
disparité d’orientation des quatre cantons d’appartements du donjon
s’inscrit mal dans le tracé définitif du château.
Plan 3D :
www.axyz-images.com
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