

Les bancs percés installés à l’aplomb des fosses cessèrent d’être utilisés dans le courant du XIXe siècle, mais subsistèrent pour partie jusqu’en 1913 d’après quelques témoignages oraux. Après la seconde guerre mondiale, les conduits verticaux constituèrent une belle opportunité pour la mise en électricité du château, et on y fit passer les câbles du réseau. Les accès aux fosses furent alors recouverts d’épaisses dalles de béton.
Cependant, parmi ces changements, les modifications apportées au système de latrines dès l’origine sont assurément les plus intéressantes. En effet, on trouve des vestiges de maçonneries arrachées et de murs détruits dans les fosses de plusieurs tours. Ces murs primitifs, qui émergent à peine des gravats et des couches archéologiques, semblent avoir été détruits rapidement, et apparaissent enfin comme des traces tangibles du lointain premier projet.
Le coin du spécialiste
Plan topographique de la tour Ouest, niveau -1.
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Plan topographique de la tour
Sud, niveau -1. Ouvrir
Plan topographique de la tour
Est, niveau -1. Ouvrir
Plan topographique de la tour
Nord, niveau -1. Ouvrir
Premières maçonneries : le système d'aisance
Depuis le
Moyen Age, les châteaux disposent très généralement de latrines. Parmi les
différents aménagements en usage, le système à fosse se généralise peu à peu
et équipe la plupart des demeures seigneuriales à la fin du XVe siècle. A
Chambord, la
première exploration systématique de ces espaces a lieu en septembre 1994.
Elle est l’œuvre de quatre jeunes passionnés d’architecture qui, devant
déplacer les gravats qui obstruent l’accès à certaines fosses, pénètrent
parfois dans des espaces demeurés jusqu’alors inexplorés.
Chacune des quatre tours du donjon abrite un étonnant système de latrines,
qui se compose de deux fosses souterraines de décantation. De dimensions
différentes, les deux fosses communiquaient initialement par un petit
passage voûté, qui fut ensuite obstrué par un muret. En effet, les chaînages
forcés, la stratigraphie et l’emploi de pierres de récupération indiquent
qu’il s’agit d’une condamnation ultérieure du passage.
Au rez-de-chaussée, des bancs d’aisance étaient installés à l’aplomb de la
plus petite fosse, dans un petit réduit auquel on accède depuis le départ
des escaliers dits « de fond en comble ». Les plans de Jacques Androuet du
Cerceau indiquent des bancs à 2 ou 3 sièges, dont la trace est encore
visible sur les murs parmi quelques graffiti anciens. Souvent explicites,
ces derniers témoignent de l’usage des lieux, tout en révélant l’ancienneté
d’une tradition de lutte contre l’ennui encore bien vivace dans les W.C
publics d’aujourd’hui…
Par un conduit vertical ménagé dans la maçonnerie, la petite fosse d’aisance recevait également les déjections en provenance du galetas, au cinquième étage du château. En effet, afin d’éviter la propagation d’effluves aux niveaux principaux, les commodités étaient ainsi situées au rez-de-chaussée et à l’étage des combles, où les graffiti de circonstance pullulent également. On note, en effet, dès le XVe siècle, une raréfaction des lieux d’aisance aux étages nobles à mesure que se répand l’usage des chaises percées. Un second conduit vertical, parallèle au premier, assurait très probablement une ventilation du système.

A l’usage, les aménagements conçus pour en optimiser le fonctionnement ont été abandonnés, vraisemblablement faute de s’avérer efficaces. Ainsi, les sommets des conduits d’aération ont été bouchés, et l’accès aux grandes fosses - dont le curage était sans doute difficile en raison de l’exiguïté et du manque d’aération – a été condamné. Les boues et détritus des petites fosses ayant été jetés dans les grandes avant que leur entrée ne fût murée, les objets retrouvés dans ces dernières permettent ainsi de dater du XVIe siècle cette modification du système.

Pierre de réemploi dans le bouchon séparant les 2 fosses d’aisance +
graffiti de clystère daté de 1555 (tour Sud).
A droite, l’accès à la petite fosse de la tour Sud, avant les fouilles
archéologiques
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